L'ECUREUIL ET LE PELICAN de l'épargne et des retraites
(publié in "Valeurs Actuelles", le 6 octobre 2022, n°4460, p 27)
essire l’écureuil que l’on sait épargnant
Allait par la forêt quérir noix et noisettes,
Quelques belles chataignes, des marrons et des glands
Amassant sans répit en vue de sa retraite.
N’était il pas normal qu’il veuille se poser
Ayant mis à l’abri son peu d'économies.
Mais où cacher ses biens, où les mettre à l’abri
Afin que nul envieux ne vienne les voler ?
Allant de-ci de-la, refuge recherchant,
Il trouva sur sa route, Compère Pélican,
Le suppot des ripoux, l'ami des foutriculs,
Qui raconte aux naïfs : « Confiez-nous un écu
Deux vous seront rendus, au temps de la retraite."»
« Où vas tu, mon ami, dis-moi ce qui t’inquiètes-tu ?»
« Je cherche pour mon or, une bonne feuillée
Un lieu où je pourrai quand froid sera venu
Venir croquer les fruits que j’y aurai placés. »
« Ne te mets plus en peine », répondit le crochu
« Tout au fond de la poche qui orne mon grand bec
En pleine sureté, dépose ta collecte.
Et quand viendra l’hiver, je te rendrai le tout.»
Bien mal lui en a pris. L’oiseau avala tout.
Découvrant l'entolage, l'empanaché furieux
Eclata de colère. L’escroc se fit huileux
« Pourquoi tant de courroux, alors que grâce à toi,
J’ai nourri des racailles, des poux, des cancrelats
Des tas de parasites qui traînassent la nuit
Et vivent en jouissant du travail d’autrui. »
L’emplumé s’envola, laissant là l'écureuil,
Qui, de ses espérances, dût faire alors son deuil.
N’économisez plus en vue de la retraite.
L’état qui promet tout, et ne rend jamais rien
Saura bien édicter une loi malhonnête,
Pour voler l’épicier et gaver le gredin.
Moralité
La retraite a toujours trompé
Ceux qu'elle flattait de l'espérance du repos (Bossuet)