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Au fin fond des enfers, selon un rituel
Fixé par Méphisto, le convent annuel
Des tyrans de tout poil, se trouva réuni
Avec pour seul mandat : remettre le Grand Prix,
« Le Satan de platine », au mortel le plus digne
De pouvoir succéder à Pol Pot, à Staline,
A Hitler, à Néron, Mao, Caligula,
Mugabe, Ceausescu, Khadafi, Bokassa,
J’en passe et des meilleurs, car la liste est fort longue
Des crapules en tout genre, zélateurs de l’immonde.
Or, des acclamations sur les rives du Styx,
Réveillèrent les passeurs de la barque des morts :
« Le voilà, le voilà, notre marionnettiste,
C’est notre Freluquet, c’est notre Matamore »
Au banquet des despotes, Satan interrogea :
« Qu’elle est cette vermine qui fait tant de barda
Jusqu’au fond des cuisines où grillent les damnés ? »
« Je viens pour postuler au prix des faisandés »
« Voyez ce prétentieux qui se voudrait l’égal
Des plus grandes charognes. Fais-nous le récital
De tes plus beaux exploits. » Freluquet tout jovial,
Se poudra les cheveux, enfila ses cuissardes
Et surmontant son trac, détailla ses faits d’armes.
« Si Dieu créa la vie, c’est moi qui l’autorise »
« Mais par quel procédé ? » « Il devient un délit
Pour un enfant de naître, car le droit d’avorter
Est désormais gravé dans la constitution ;
Les vieux coûtant trop cher, on peut les trucider,
C’est désormais gravé dans la constitution ;
J’ai créé des ehpads pour flinguer les ainés,
C’est désormais gravé dans la constitution ;
On décède aux Urgences ; Des maladies anciennes
Sont revenues en France, et d’autres sont créées
Par les petits copains d’Ursula la Germaine ;
Dans moins d‘un demi-siècle, la terre sera vidée
Des Gaulois réfractaires » « Bravo, c’est formidable »
S’écria le khmer rouge «Point n’y avais-je pensé »
Regretta le Führer. Mais Satan s’alarma
« Ce petit paltoquet était le roi des gueux,
Il va se faire nommer empereur des pouilleux.
Si je n’y prends pas garde, quand il viendra ici
Il piquera ma place tant il est perverti. »
Satan trouva Saint Pierre. Ensemble ils décidèrent,
Que Freluquet devrait vider les pissotières,
Quand ce serait son heure de délaisser la Terre.
" Quand la démocratie est malade, le fascisme vient à son chevet… Mais ce n'est pas pour prendre de ses nouvelles ! »
Albert Camus (1913-1960)
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