LES NOUVELLES FABLES DU PAYS FRANCIEN

"Nous faisons cas du Beau, nous méprisons l'Utile, et le Beau souvent nous détruit" (Jean de La Fontaine)

LA TAUPE ET LE PAON
de l'esbrouffe

ur le tendre gazon qui borde le château
Etalant son plumage, un paon faisait le beau.
Ses plumes mordorées reflétaient le soleil
Et l'on venait de loin admirer la merveille.
Avec beaucoup de grâce, il daignait accepter
Les bravos des badauds qui étaient fascinés
Par la belle apparence du plumet parasite.
L'habit faisant le moine, des plus larges mérites
Chacun le gratifiait. Sous la verte pelouse
Elle travaillait sans fin, dans la fange et la bouse
A l'entretien du parc. Et sans fin, jour et nuit
Elle creusait, fouillait, humectait les semis,
Epandait de l'engrais, élaguait les taillis,
Pour que tout dans le parc, chatoie de poésie

Souhaitant à son tour folâtrer sur l'herbage
Voilà la taupe un jour qui se creuse un passage
Pour surgir tout à coup aux pieds de la volaille.
" Mais quelle est cette horreur , quel est cet animal,
Gâchant par sa laideur un si beau paysage !"

Braillèrent les vilains. Et cailloux de pleuvoir
Contraignant notre taupe à quitter son terroir.
Son jardinier parti, le parc périclita;
Les fleurs se flétrirent, le gazon dessécha,
Les arbres s'effeuillèrent, les bosquets dépérirent,
Et dans le potager, on ne trouva plus rien,
Qui puisse satisfaire l'appétit d'un serin.
Ne pouvant croustiller, le paon s’amenuisa
Ses couleurs ternirent, son plumet s’étiola
Sans le travail obscur de notre pauvre taupe
Le paon n’était plus rien qu’une blafarde gaude

Nous faisons cas du Beau, nous méprisons l'Utile,
Et le Beau souvent nous détruit.
(le cerf se voyant dans l'eau)
Jean de La Fontaine



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