"Nous serons très prochainement, nous chrétiens,
Domestiqués, ilotisés, réduits en servitude"
(Goncourt (1822-1896), Journal,1886, p. 562).
n vieux pays francien, tout était cristallin.
On y parlait le grec mais aussi le latin,
On connaissait les arts, on calculait sans peine,
On apprenait les fables de Jean de La Fontaine,
On savait la chimie, et la géologie,
Et la gastronomie, et la badinerie.
On gourmandait les ans pour boire les bordeaux ;
Vache broutait de l’herbe et allait au taureau ;
Poulet était de grain, et la bière était blonde ;
Miel était de lavande, vinaigre balsamique ;
Les rêves les plus fous n’étaient pas utopiques...
Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Et voilà qu’un beau soir, la terre chavira.
Des vagues de migrants apportant leurs bienfaits,
Leurs nouvelles cultures, leurs déchets, leurs braguettes,
Débarquèrent en hurlant pour réclamer leurs droits.
Bien-pensants tout en joie leur firent mille élégances.
Afin de vivre ensemble, sans froisser leurs croyances
Franciens se substancièrent auprès des nouveaux clercs,
Se firent pousser la barbe, écrivirent à l'envers,
Ils se macdonaldèrent, délaissèrent le cochon,
Cognèrent sur des bidons, pour faire de la musique ;
Se mirent à chopiner des boissons cocaliques,
Tout en fumant des joints, le fion dans le guidon.
Ils ne surent plus lire, ni compter, ni écrire,
Leur langage élégant, bercé de mélodies
Se réduisit bientôt en un vilain sabir
Fait d’onomatopées et de clabauderies.
Tout alla de guingois. Jupiter se fâcha :
Il se fit un déluge, les pluies se déversèrent
Avec tant de violence, que dans les sassafras
Franciens se réfugièrent et s’en firent repaire.
Après vingt et cent ans, ethnologue en vadrouille
Découvrit une espèce oubliée par Buffon :
Vague soixante-huitard, aussi laid que gargouille,
Qui pouvait dire encore quelques mots de jargon.
C'était ce qui restait de l'élégant francien,
Abreuvé de télé, retourné cromagnien
Depuis que les bobos emplumés du coccyx
L'avaient macronisé façon droitdelhommiste.
"La decadence d'une nation commence quand ses citoyens jouissent de leurs droits sans se soucier de leurs devoirs" Sénèque